Saviez-vous que Le Seigneur des anneaux et Star Wars s’inspiraient de la même œuvre de Wagner dont la musique a été utilisée dans Apocalypse Now? Sans le savoir, vous êtes familiarisé avec certains thèmes et histoires développés dans les grands classiques de l’opéra et que le cinéma a su brillamment réutiliser. Les réalisateurs et les scénaristes ont aussi rendu hommage aux grands noms de l’opéra en immortalisant leur vie et leurs succès sur grand écran. Avec ces quelques exemples, découvrez une autre manière d’entrer dans l’univers de l’opéra.
L’anneau de puissanceAu début des années 2000, le réalisateur Peter Jackson a adapté sous la forme d’une trilogie Le Seigneur des anneaux de J.R.R. Tolkien. Le livre et les films ont pour sujet un anneau de puissance maudit, forgé pour dominer le monde, qui attise la convoitise et la jalousie.
L’intrigue du Ring des Nibelungen de Wagner débute par la même situation. L’influence de l’œuvre de Wagner sur le livre de Tolkien est controversée par les fans du Seigneur des anneaux. Tolkien lui-même niait toute parenté : "Les deux anneaux sont ronds, et c'est là leur seule ressemblance". Cependant, il connaissait l’œuvre de Wagner, notamment Die Walküre, qu’il avait étudié avant d’écrire son roman.
Les thèmes traités par les deux œuvres – l’acquisition et la division du pouvoir, l’impact sur le monde naturel et l’avènement d’un nouvel ordre fondé sur l’amour – tendent cependant à tisser des liens entre Le Seigneur des anneaux et Der Ring des Nibelungen qui puisent d’ailleurs leur inspiration dans les mêmes mythes germaniques et scandinaves. Les deux sont d’extraordinaires sagas épiques. A coup sûr, ceux qui ont aimé l’univers du livre et des films adoreront le Ring.
On peut trouver des références au Ring dans d’autres œuvres cinématographiques comme Star Wars ou Apocalyspe Now de Francis Ford Coppola, qui a utilisé la Chevauchée des Walkyries pour sa célèbre scène des hélicoptères.
Entre adultes consentantsLe désir est-il plus fort que l’amour? La fidélité existe-t-elle? Le coup de foudre pour un inconnu est-il possible? Ces questions délicates sont posées par l’opéra Così fan tutte et le film Closer, réalisé par Mike Nichols d’après la pièce de Patrick Marber, qui peut être vu comme une version moderne et tragique de l’opéra de Mozart.
Les deux œuvres sont des chassés-croisés amoureux entre deux couples, dans un univers de mensonges et d’impostures, où tous les personnages avancent masqués. Mozart et son librettiste Da Ponte ont choisi de traiter le sujet de l’infidélité de manière comique et légère, par un jeu de déguisements et de farces, alors que Closer aborde ce sujet avec profondeur et gravité, en montrant la peine et la souffrance qu’elle engendre.
Closer est un hommage à Così fan tutte dont la musique et les grands airs imprègnent le film. Une scène du film se passe même à Covent Garden à la fin d’une représentation de cet opéra. L’omniprésence des références à cette œuvre de Mozart, dans l’intrigue et la musique, sert peut-être à nous rappeler que, quelque soit le lieu ou l’époque, il est impossible de comprendre l’âme humaine et ses paradoxes.
Trouver et perdre l'Amour dans un Paris romantiqueL’action de Moulin Rouge se déroule à la fin du 19e siècle, dans un Paris fantasmé, peuplé d’artistes idéalistes sans le sou et de poètes maudits obsédés par l’amour et la beauté, cherchant l'inspiration dans l’absinthe.
Dans ce film, le réalisateur Baz Luhrmann renoue avec un thème qui lui est cher, la vie de bohème, sur lequel il avait déjà travaillé en mettant en scène La bohème de Puccini dans une production créée en 1990 à l’opéra de Sydney et reprise à Broadway en 2003. Des références à cette production apparaissent dans le film comme par exemple la grande enseigne électrique "L’Amour" qui surplombait le toit d’un immeuble parisien et s’illuminait à la fin de l’acte I durant le duo d’amour O soave fanciulla entre Rodolphe et Mimi.
Cependant, l’influence principale de Luhrmann est La traviata. Comme la Violetta de Verdi (et la Marguerite d’Alexandre Dumas fils dans La Dame aux Camélias), Satine, l’héroïne de Moulin Rouge, est une courtisane malade qui découvre l’amour dans les bras d’un jeune homme romantique, mais qui est obligée de sacrifier son bonheur en prétendant qu’elle en aime un autre afin de le sauver. Avec Moulin Rouge, Luhrmann nous offre sa propre vision de La traviata.
De grands noms de l’opéra sur grand écran
A travers cette courte sélection de films, découvrez les vies tumultueuses de ces personnes qui ont forgé l’histoire de l’opéra.
Callas Forever
Réalisé par Franco Zeffirelli, avec Fanny Ardant, Jeremy Irons – 2001
Biographie en partie romancée
En 1976, la grande soprano Maria Callas vit recluse chez elle dans une profonde solitude, anéantie par la perte de sa voix. Un jour Larry Kelly, son ancien producteur, lui propose de tourner Carmen, en synchronisant sa voix passée sur des images actuelles. D’abord hésitante, Callas finit par accepter…
A propos de Maria CallasPour elle, le chant et le jeu d’acteur étaient d’importance égale. Elle bouleversa l’univers de l’opéra et la manière de jouer les personnages sur scène, en particulier grâce à sa collaboration avec le metteur en scène Luchino Visconti.
Poussée par sa mère, elle débuta le chant très tôt et consacra sa jeunesse à l’étude de la musique et de l’opéra. Elle devint célèbre en 1949 en chantant successivement durant le même mois à la Fenice (Venise) deux rôles vocalement très différents, ce qui constituait une performance extraordinaire mais très dangereuse pour sa voix. Elle était également connue pour son fort tempérament : certaines personnes la considéraient comme une diva excentrique et capricieuse, mais elle était surtout très exigeante, en particulier avec elle-même.
Harcelée par la presse à scandale, le cœur brisé par sa rupture avec le milliardaire grec Aristote Onassis, elle finit par perdre sa voix, abîmée par tant d’efforts. Elle interpréta son dernier rôle sur scène, Tosca, en 1965 à Covent Garden et chanta notamment l’air "Vissi d’arte, vissi d’amore" ("J’ai vécu d’art, j’ai vécu d’amour"), qui résume si bien sa vie. Elle mourut quelques années plus tard, en 1977, seule dans son appartement parisien.
Farinelli
Réalisé par Gérard Corbiau, avec Stefano Dionisi, Enrico Lo Verso – 1994
Biographie en partie romancée
Le film ressuscite le mythe de Farinelli, le grand castrat du 18e siècle, en retraçant les épisodes les plus marquants de sa vie, de l’Italie à Londres et Madrid, et notamment son incroyable succès auprès du public européen.
La voix impressionnante de Farinelli dans le film a été obtenue par le mélange des voix d’un contre ténor (Derek Lee Ragin) et d’une soprano colorature (Ewa Malas-Godlewska) suivant des techniques développées par l’IRCAM, l’Institut français de la recherche et de la création musicale contemporaine.
A propos de FarinelliAu milieu des années 1730, Farinelli fut engagé à Londres par la compagnie de théâtre qui concurrençait celle de Händel et obtint un grand succès auprès du public anglais. Il quitta ensuite l’Angleterre pour l’Espagne en 1738. Sa voix était si merveilleuse qu’il donna pendant neuf ans des concerts privés au couple royal afin de soigner la dépression du roi Philippe V. Après la mort du roi, son fils Ferdinand VI anoblit Farinelli qui devint très influant à la cour. A la mort de Ferdinand, il se retira à Bologne où il vécut jusqu’en 1782.
La réputation de Farinelli était si grande qu’elle a traversé les époques et, plus de 220 ans après sa mort, il suscite toujours l’admiration.
Amadeus
Réalisé par Milos Forman, avec F. Murray Abraham, Tom Hulce – 1989
Biographie en partie romancée
Il s’agit des confessions d’Antonio Salieri, ancien compositeur officiel de la cour, à propos de la mort de Mozart et de sa jalousie mêlée de fascination pour le jeune prodige…
A propos de MozartMozart naquit à Salzbourg en 1756. C’était un enfant prodige doté de dons incroyables pour la musique. Véritable génie, il sut déchiffrer une partition avant de savoir lire et composa son premier opéra, Apollo et Hycinthus, à seulement 11 ans. Entre l’âge de 6 et 10 ans, il fit une tournée en Europe avec son père, et impressionna le public dans chaque ville par son talent et sa virtuosité.
Dans les années 1780, il s’installa à Vienne où il eut une vie mouvementée. Il était très productif à cette période, composant opéras, sonates, concertos et symphonies. Malgré le succès de ses œuvres, il ne gagnait pas beaucoup d’argent et était criblé de dettes à cause de son train de vie. Submergé par le travail, il tomba malade et mourut en 1791 avant son 36e anniversaire. Ironie du sort, sa dernière œuvre fut le fameux Requiem, qu’il laissa inachevé.